Anesthésie pour l’opération de la cataracte : est-on endormi ? A-t-on mal ?
C’est la question que presque tous les patients posent avant la question de l’implant. La réponse est rassurante, et elle mérite d’être expliquée en détail : collyres, injection, sédation ou anesthésie générale, ce que vous ressentez, et comment le choix se fait.
Les trois niveaux d’anesthésie pour l’opération de la cataracte
L’opération de la cataracte dure une dizaine de minutes, par une incision de 2 mm, sur un organe que l’on peut rendre insensible par de simples gouttes. C’est pourquoi l’anesthésie pour l’opération de la cataracte a profondément changé en trente ans : l’anesthésie générale, autrefois la règle, est devenue l’exception.
L’anesthésie topique : collyres et gel
Des gouttes ou un gel anesthésiant sont instillés quelques minutes avant l’intervention. L’œil devient insensible sans aucune piqûre. Le chirurgien peut y ajouter une injection intracamérulaire : une goutte d’anesthésique déposée à l’intérieur de l’œil par l’incision, totalement indolore. C’est, selon la Haute Autorité de Santé, la technique de référence en première intention.
L’anesthésie loco-régionale : autour de l’œil
Une injection d’anesthésique est réalisée à côté de l’œil (péribulbaire) ou sous sa conjonctive (sous-ténonienne). L’œil devient insensible et immobile, la paupière se ferme pour quelques heures. Elle est choisie quand l’immobilité de l’œil est indispensable ou quand le patient ne peut pas coopérer sous collyres. L’injection rétrobulbaire, plus profonde, n’est plus recommandée.
L’anesthésie générale : l’exception
Vous dormez pendant toute l’intervention. Elle est réservée à l’enfant, à l’adulte jeune et aux situations où les autres techniques sont contre-indiquées : maladie neurologique avec mouvements incontrôlables, surdité profonde, impossibilité de rester allongé, allergie aux anesthésiques locaux, anxiété majeure résistant à la sédation.
Dans la pratique du Dr Gozlan, l’anesthésie pour l’opération de la cataracte est topique dans la quasi-totalité des cas : aucune piqûre, aucun pansement occlusif, et une récupération visuelle qui commence dès la sortie du bloc.
Ce que vous ressentez pendant l’opération
Sous anesthésie topique, vous êtes conscient, allongé sur le dos, le visage recouvert d’un champ stérile qui laisse l’œil découvert. Savoir à l’avance ce que l’on va percevoir enlève l’essentiel de l’appréhension.
La lumière du microscope, vive, parfois colorée ; des formes et des mouvements flous, jamais les instruments eux-mêmes. Beaucoup de patients décrivent un « kaléidoscope » plutôt agréable. On vous demande simplement de regarder la lumière.
De l’eau fraîche qui coule sur l’œil, une légère pression par moments, le contact du champ opératoire. Pas de douleur : si une gêne apparaissait, un complément d’anesthésie est fait immédiatement.
La voix du chirurgien, qui vous prévient de chaque étape, et le bruit régulier de l’appareil de phacoémulsification. Vous pouvez parler si nécessaire, mais on vous demande de rester immobile et de ne pas bouger la tête.
L’ensemble dure une dizaine de minutes. Avec une anesthésie loco-régionale, la perception visuelle est plus réduite ; sous anesthésie générale, elle est nulle.
La sédation : apaiser sans endormir
Entre les collyres seuls et l’anesthésie générale existe un niveau intermédiaire que beaucoup de patients ignorent : la sédation. Elle complète l’anesthésie pour l’opération de la cataracte chez le patient anxieux, sans la transformer en anesthésie générale.
Un anxiolytique léger
Un comprimé pris avant l’intervention suffit souvent à détendre. Il ne fait pas dormir et n’empêche pas de coopérer.
Une sédation intraveineuse
Administrée par l’anesthésiste-réanimateur présent au bloc, elle procure un état de détente profonde tout en vous laissant réveillable et capable de regarder la lumière. Elle impose une consultation d’anesthésie et un accompagnant pour le retour.
Ce que la sédation ne fait pas
Elle ne supprime pas la sensibilité de l’œil — c’est le rôle des collyres — et elle ne permet pas de s’agiter sans risque. Un patient qui ne peut absolument pas rester immobile relève d’une anesthésie générale, pas d’une sédation plus forte.
La consultation d’anesthésie, le jeûne et vos traitements
Même pour de simples collyres, la Haute Autorité de Santé recommande une consultation d’anesthésie avant l’intervention et une surveillance par un anesthésiste-réanimateur présent sur site pendant l’opération. Ce n’est pas une formalité : c’est là que se décide le mode d’anesthésie pour l’opération de la cataracte, et que se règlent trois questions pratiques.
Le jeûne
La clinique applique la même règle à tous, quel que soit le mode d’anesthésie : aucune nourriture dans les 6 heures qui précèdent l’intervention ; les boissons claires — eau, café, thé — restent autorisées jusqu’à quelques heures avant. La consigne, avec les horaires exacts, vous est remise par écrit lors de la consultation d’anesthésie ; ne décidez jamais seul de manger ou de prendre un traitement le matin de l’opération.
Les anticoagulants et antiagrégants
Ils sont poursuivis. L’anesthésie topique et l’incision de 2 mm ne saignent pas ; une grande étude américaine n’a montré aucune augmentation des complications hémorragiques chez les patients opérés sous ces traitements, alors que leur arrêt expose à un risque de thrombose. Seule une injection péribulbaire peut amener l’anesthésiste à adapter la stratégie.
Les autres traitements
Les traitements de la tension artérielle, du cœur, de la thyroïde ou de l’asthme sont pris normalement. Le diabète demande une consigne précise selon le jeûne. Signalez enfin tout traitement de la prostate de la famille des alpha-bloquants : il ne modifie pas l’anesthésie, mais prépare le chirurgien au syndrome de l’iris flasque.
Comment le mode d’anesthésie est choisi
Le choix se fait à trois : vous, le chirurgien et l’anesthésiste. Le point de départ est toujours l’anesthésie topique ; on s’en écarte pour des raisons précises, jamais par habitude.
Une cataracte habituelle, un patient capable de fixer la lumière et de rester immobile dix minutes, un traitement anticoagulant, le souhait de récupérer vite et de rentrer sans pansement.
Une chirurgie prévue longue ou délicate — zonule fragile, cataracte très dure, chirurgie combinée avec la rétine —, un œil qui ne peut pas rester immobile, une surdité ou une barrière de langue qui empêche de suivre les consignes.
L’enfant, l’adulte jeune, les mouvements involontaires d’une maladie neurologique, l’impossibilité de rester allongé sur le dos, l’allergie vraie aux anesthésiques locaux, une anxiété ou une claustrophobie que la sédation ne contrôle pas.
L’âge, à lui seul, n’est jamais un argument : l’anesthésie pour l’opération de la cataracte par collyres convient parfaitement à 90 ans, et c’est même chez les patients les plus fragiles qu’elle montre tout son intérêt.
Les risques de chaque technique d’anesthésie
Chaque mode d’anesthésie pour l’opération de la cataracte a un profil de risque propre, et c’est précisément ce profil qui explique la hiérarchie recommandée.
Anesthésie topique
Aucun risque général. Les collyres piquent quelques secondes. Le seul inconvénient est une insensibilité un peu moins complète que par injection : une méta-analyse d’essais randomisés retrouve un inconfort légèrement plus fréquent sous collyres, sans différence sur les complications chirurgicales ni sur le résultat visuel.
Anesthésie loco-régionale
L’injection expose à un hématome de la paupière ou de l’orbite, bénin mais spectaculaire, et beaucoup plus rarement à une perforation du globe ou à une diffusion de l’anesthésique. La voie péribulbaire et la voie sous-ténonienne ont été retenues parce qu’elles réduisent fortement ces risques par rapport à l’ancienne injection rétrobulbaire.
Anesthésie générale
Les risques classiques de toute anesthésie générale, surtout chez un patient âgé ou porteur d’une maladie cardiaque ou respiratoire : nausées, confusion transitoire, complications cardio-vasculaires. C’est la raison pour laquelle elle n’est plus choisie que lorsqu’aucune autre technique n’est possible.
Après l’anesthésie : les heures qui suivent
Sous collyres, la sensibilité de l’œil revient en une demi-heure environ. Ce que vous ressentez ensuite est normal, et ce qui ne l’est pas doit vous faire appeler.
Normal
Une sensation de grain de sable ou de picotement pendant 24 à 48 heures, un larmoiement, une gêne à la lumière vive, une vision encore floue le premier jour. Après une injection péribulbaire, la paupière reste tombante quelques heures.
À signaler sans attendre
Une douleur franche, surtout si elle augmente, une baisse de vision après une amélioration initiale, un œil de plus en plus rouge. Aucun de ces signes n’est lié à l’anesthésie elle-même : ils doivent être examinés le jour même.
Le retour à domicile
Vous ne conduisez pas le jour de l’opération, quel que soit le mode d’anesthésie. Un accompagnant est conseillé sous collyres et obligatoire après une sédation ou une anesthésie générale.
Questions fréquentes sur l’anesthésie pour l’opération de la cataracte
Non, dans la quasi-totalité des cas. L'anesthésie pour l'opération de la cataracte est locale : des collyres anesthésiants, parfois complétés par une injection indolore à l'intérieur de l'œil. Vous restez conscient, allongé, et vous entendez le chirurgien. L'anesthésie générale est réservée à des situations précises, comme l'impossibilité de rester immobile ou allongé.
Non. Les collyres piquent quelques secondes à l'instillation, puis l'œil devient insensible. Pendant l'intervention, on ressent au plus une pression, de l'eau fraîche et une lumière vive, jamais une douleur. Si une anesthésie par injection autour de l'œil est choisie, la piqûre elle-même est brève et faite après un collyre anesthésiant.
Oui. La clinique demande 6 heures de jeûne pour la nourriture avant l'intervention, quel que soit le mode d'anesthésie ; les boissons claires (eau, café, thé) sont autorisées jusqu'à quelques heures avant. La consigne précise, avec les horaires, vous est remise par écrit lors de la consultation d'anesthésie.
Elle peut se discuter, mais elle n'est pas le choix de première intention : la Haute Autorité de Santé la réserve à l'enfant, à l'adulte jeune et aux contre-indications des autres techniques. Une anxiété importante se traite d'abord par une sédation légère, qui apaise sans endormir et sans les risques d'une anesthésie générale.
Non, en règle générale. Sous anesthésie topique, l'opération ne saigne pas et les traitements anticoagulants ou antiagrégants sont poursuivis : les arrêter exposerait à un risque de thrombose bien supérieur au bénéfice. Signalez simplement chaque traitement à la consultation d'anesthésie.
Références & sources médicales
- Haute Autorité de Santé (HAS). Chirurgie de la cataracte : l’anesthésie locale avec ou sans sédation indiquée en 1re intention. Avis, 4 juin 2020. Consulter
- Zhao LQ, Zhu H, Zhao PQ, Wu QR, Hu YQ. Topical anesthesia versus regional anesthesia for cataract surgery: a meta-analysis of randomized controlled trials. Ophthalmology. 2012;119(4):659-667. doi:10.1016/j.ophtha.2011.09.056 — Voir sur PubMed
- Alhassan MB, Kyari F, Ejere HO. Peribulbar versus retrobulbar anaesthesia for cataract surgery. Cochrane Database Syst Rev. 2015;2015(7):CD004083. doi:10.1002/14651858.CD004083.pub3 — Voir sur PubMed
- Katz J, Feldman MA, Bass EB, et al. Risks and benefits of anticoagulant and antiplatelet medication use before cataract surgery. Ophthalmology. 2003;110(9):1784-1788. doi:10.1016/S0161-6420(03)00785-1 — Voir sur PubMed
