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Le syndrome de l’iris flasque :
ce qu’il faut savoir avant la cataracte

Un effet secondaire connu de certains médicaments contre la prostate, à signaler impérativement avant votre opération de la cataracte.

Qu’est-ce que le syndrome de l’iris flasque ?

Le syndrome de l’iris flasque (en anglais : Intraoperative Floppy Iris Syndrome, abrégé en IFIS) désigne une réaction particulière de l’iris — la partie colorée de votre œil — pendant la chirurgie de la cataracte. Chez les patients concernés, l’iris devient anormalement souple et instable au moment de l’opération : il peut se déformer, se replier ou venir gêner les instruments du chirurgien.

Ce phénomène ne provoque aucun symptôme dans la vie quotidienne. Il ne se manifeste qu’au moment de l’intervention chirurgicale et ne concerne que des patients qui prennent ou ont pris certains médicaments précis. Il a été identifié et décrit en 2005 par les ophtalmologistes américains Chang et Campbell.

Quels médicaments en sont responsables ?

Les médicaments principalement impliqués sont les alpha-bloquants, prescrits le plus souvent pour traiter l’hypertrophie bénigne de la prostate — un agrandissement non cancéreux de la prostate, très fréquent chez l’homme après 50 ans.

La tamsulosine : la molécule la plus impliquée

La tamsulosine est la plus étroitement associée au syndrome de l’iris flasque. Elle est commercialisée sous plusieurs noms (génériques ou marques) et largement prescrite dans le monde entier.

Les autres alpha-bloquants

D’autres molécules de la même famille (alfuzosine, térazosine, doxazosine, silodosine…) peuvent également provoquer un syndrome de l’iris flasque, même si l’effet semble moins marqué qu’avec la tamsulosine.

Au-delà des alpha-bloquants

Des études plus récentes ont identifié d’autres familles de médicaments pouvant favoriser un syndrome de l’iris flasque, plus rarement que les alpha-bloquants mais de façon documentée : antidépresseurs tricycliques (notamment l’imipramine), certains antipsychotiques (chlorpromazine, rispéridone), inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (finastéride, dutastéride — utilisés pour la prostate et la calvitie), certains collyres pour le glaucome (brinzolamide) ou encore bronchodilatateurs en inhalation (salbutamol). Le mécanisme commun est une influence indirecte sur la tonicité de l’iris.

Comment agissent ces médicaments ?

Ces médicaments relâchent les muscles lisses, ce qui améliore le confort urinaire chez les hommes atteints d’hypertrophie de la prostate. Mais ils agissent aussi sur les fibres musculaires de l’iris, ce qui peut le rendre flasque de façon prolongée voire définitive.

Pourquoi est-ce un problème pendant la chirurgie ?

Pendant la chirurgie de la cataracte, le chirurgien a besoin que la pupille reste bien ouverte (dilatée) pour accéder au cristallin opacifié et le remplacer par un implant. Or, chez les patients concernés par le syndrome de l’iris flasque, trois phénomènes peuvent compliquer l’intervention :

Pupille rétrécie

La pupille se rétrécit spontanément en cours d’opération. Le chirurgien perd alors de la visibilité sur le cristallin.

Ondulation de l’iris

L’iris ondule au gré des mouvements de liquide dans l’œil, ce qui le rend difficile à préserver lors de l’aspiration du cristallin.

Hernie de l’iris

L’iris peut s’engager dans les instruments ou s’abîmer en s’extériorisant par la petite incision cornéenne.

Sans préparation, cette instabilité augmente le risque de complications peropératoires (rupture de la capsule du cristallin, lésion de l’iris). C’est pourquoi il est essentiel de signaler la prise — même ancienne — de ces médicaments avant la chirurgie.

Comment le chirurgien gère la situation

Une fois informé, le Dr Gozlan dispose de plusieurs solutions efficaces pour sécuriser l’opération. La technique est adaptée au cas par cas selon l’intensité du syndrome.

Réalisation d’incisions plus étanches

Les incisions pratiquées au début de la chirurgie sont réalisées de façon particulière, afin d’éviter que l’iris puisse s’extérioriser facilement au cours de l’intervention.

Injection de produits visco-élastiques spécifiques

Des gels visco-élastiques particulièrement « collants » sont injectés pour stabiliser mécaniquement l’iris et maintenir l’espace chirurgical ouvert.

Mise en place d’un anneau de Malyugin

Un petit anneau circulaire est placé dans la pupille pour la maintenir ouverte mécaniquement pendant toute l’intervention. C’est aujourd’hui la solution la plus utilisée.

Utilisation de crochets à iris

Dans certains cas, de petits crochets sont introduits par des micro-incisions pour fixer les bords de l’iris et éviter qu’il ne s’engage dans les instruments.

Adaptation des paramètres de phacoémulsification

Les paramètres ultrasoniques et l’intensité de l’irrigation sont ajustés pour limiter les mouvements de liquide qui font onduler l’iris.

Avec ces techniques, la chirurgie peut être réalisée en toute sécurité, même sur un iris très flasque. Le risque de complication retombe à un niveau proche d’une opération standard, à condition que le chirurgien soit prévenu en amont.

Que faire si vous êtes concerné ?

Signalez-le impérativement au chirurgien lors de la consultation préopératoire. Cette information change la préparation de l’intervention (matériel spécifique, technique chirurgicale adaptée) mais ne contre-indique en aucun cas la chirurgie de la cataracte.

Les informations utiles à donner

Le nom exact du médicament (apportez votre boîte ou votre ordonnance), la dose, la date de début de prise, et la date d’arrêt si vous ne le prenez plus.

Même un traitement ancien doit être signalé

Si vous avez pris un alpha-bloquant il y a plusieurs années, signalez-le quand même. L’effet sur l’iris persiste même longtemps après l’arrêt.

Faut-il arrêter le traitement avant l’opération ?

Non. L’effet de ces médicaments sur l’iris est définitif : une fois exposé, l’iris reste sensible, même après plusieurs années d’arrêt. Il n’y a donc aucun bénéfice à arrêter le traitement avant la chirurgie de la cataracte.

Par ailleurs, ces traitements ont une indication médicale précise (gêne urinaire, hypertrophie de la prostate). Un arrêt non concerté peut entraîner des conséquences urinaires désagréables. Toute modification de votre traitement doit être discutée avec votre urologue ou votre médecin traitant, et non décidée en vue de la chirurgie de la cataracte.

Questions fréquentes

Non, à condition qu'il soit anticipé. Une fois informé, le chirurgien adapte sa technique et le risque de complication retombe à un niveau proche d'une opération standard.

Environ 1 à 2 % des opérations de cataracte. Le syndrome touche très majoritairement les hommes de plus de 60 ans traités pour leur prostate.

Non. L'effet sur l'iris est définitif et l'arrêt du médicament n'apporte aucun bénéfice pour l'opération. Toute modification de traitement doit être discutée avec votre urologue.

L'effet est définitif : il persiste même après plusieurs années d'arrêt. C'est pour cela qu'il faut toujours signaler la prise même ancienne de ces médicaments.

Oui. Il est plus fréquent chez les hommes (en raison des traitements pour la prostate), mais il existe également chez les femmes. Plusieurs médicaments couramment utilisés par des patientes peuvent déclencher le syndrome : certains collyres anti-glaucome (brinzolamide), bronchodilatateurs en inhalation (salbutamol), antidépresseurs tricycliques ou alpha-bloquants prescrits pour des troubles urinaires. C'est pourquoi il est important pour toute patiente — comme pour tout patient — de fournir la liste complète de ses traitements lors de la consultation préopératoire.

Ce n'est pas obligatoire, mais il est utile de mentionner la chirurgie prévue à votre urologue ou médecin traitant. C'est le chirurgien ophtalmologiste qui prend en charge l'adaptation de la technique opératoire.

Pour approfondir

Références & sources médicales

  1. Chang DF, Campbell JR. Intraoperative floppy iris syndrome associated with tamsulosin. J Cataract Refract Surg. 2005;31(4):664–673.
  2. Chang DF, Braga-Mele R, Mamalis N, et al. Clinical experience with intraoperative floppy iris syndrome : results of the 2008 ASCRS member survey. J Cataract Refract Surg. 2008;34(7):1201–1209.
  3. Société Française d’Ophtalmologie (SFO). Rapport sur la chirurgie de la cataracte : techniques et complications. Paris : Elsevier-Masson ; 2024.
  4. European Society of Cataract & Refractive Surgeons (ESCRS). Guidelines for the management of IFIS in cataract surgery. 2023.
  5. Haute Autorité de Santé (HAS). Chirurgie de la cataracte chez l’adulte. Paris : HAS ; 2023.
  6. Lakhani M, Kwan ATH, Mihalache A, Popovic MM, Hurley B, Muni RH. Drugs associated with floppy iris syndrome : a real-world population-based study. Am J Ophthalmol. 2025. doi:10.1016/j.ajo.2025.03.023
  7. American Academy of Ophthalmology. Real-world study of drugs linked to floppy iris syndrome. EyeNet Magazine. 2025.